
Depuis l’installation du président Romuald Wadagni à la tête du Bénin, avec le remaniement ministériel qui s’en est suivi, certains visages familiers de la sphère du pouvoir brillent par leur absence. Ces personnalités dont il s’agit et qui ont occupé, durant les deux dernières décennies, des fonctions stratégiques au sommet de l’État ne figurent, pour l’heure, dans aucune des nominations déjà opérées par le nouveau chef de l’État. Est-ce une pause stratégique ou leur retraite politique?, se demandent plus d’un.
Pascal Irénée Koupaki (Pik), Abdoulaye Bio Tchané (Abt) et Édouard Ouin Ouro, les deux premiers félicités par l’ex-chef de l’État pour leur apport énorme à ses côtés durant son magistère, n’ont ni été reconduits à leurs postes par le président Wadagni, ni nommés jusque-là ailleurs. Ces trois hautes personnalités de la République, ont en commun leurs parcours qui se confondent avec plusieurs séquences importantes de la gouvernance au sommet de l’État, ces deux dernières décennies au moins.
Considéré comme l’un des principaux artisans de l’administration sous le président Boni Yayi entre 2006 et 2013, Pascal Irénée Koupaki a notamment occupé les fonctions de ministre de l’Économie et des Finances, ministre d’État et Premier ministre. Sous le régime de Patrice Talon, il a poursuivi son ascension au cœur de l’appareil d’État en tant que Secrétaire général de la Présidence de la République avec rang de ministre d’État. L’ancien candidat à l’élection présidentielle au Bénin (2016) a également présidé le Conseil d’administration de l’Institut national de la femme (INF), avant d’être nommé conseiller spécial du président Talon en remplacement de Johannes Dagnon.
De son côté, Abdoulaye Bio Tchané a marqué les années Mathieu Kérékou en qualité de ministre de l’Économie et des Finances entre 1998 et 2002. S’il n’a pas occupé de poste gouvernemental sous Boni Yayi, il s’est tout de même présenté comme son rival en tant que candidat indépendant lors de l’élection présidentielle de 2011. L’ancien président démissionnaire de la Banque Ouest-Africaine de Développement et ancien directeur Afrique du FMI signe son retour au premier plan à l’avènement de Patrice Talon, après la présidentielle de 2016 à laquelle lui-même a été candidat. Abt, comme il se fait appeler, fut nommé ministre d’État chargé du Développement et de la Coordination de l’action gouvernementale. Il passa les deux quinquennats aux côtés du président Talon. Il demeure président du parti Bloc Républicain, l’une des principales formations soutenant le pouvoir.
Quant à Édouard Ouin Ouro, ancien préfet du département de l’Atacora sous Kérékou 2, il a exercé sous le pouvoir Boni Yayi comme directeur adjoint du Cabinet civil du président de la République. À l’arrivée de Patrice Talon en 2016, il a occupé durant une décennie le poste stratégique de Secrétaire général du gouvernement, devenant l’un des piliers administratifs du régime.
Il faut souligner que ces trois personnalités ont activement accompagné le candidat Romuald Wadagni à la magistrature suprême. La dernière apparition du trio après l’investiture du nouveau pouvoir, c’était il y a quelques jours aux côtés de Patrice Talon, dans le cadre du processus d’unification des fidèles de l’église du christianisme céleste.
Lors de sa dernière rencontre avec ses collaborateurs, en conseil des ministres le 13 mai 2026, l’ancien président Patrice Talon déclarait : « Le moment est arrivé pour que nous passions à autre chose, nous qui avons un certain âge », Presque trois semaines après son départ du pouvoir, certains observateurs et analystes politiques ne manquent pas de faire le rapprochement entre la situation actuelle des trois personnalités et les propos tenus par l’ex chef de l’État.
Cette déclaration visait-elle implicitement certaines figures de l’ancien régime ? Pour les cas Pik, Abt, Ouin Ouro et autres, s ‘agit-il d’une pause stratégique avant un éventuel retour aux affaires ou d’une mise en retraite politique ? Autrement dit, le nouveau chef de l’État prépare-t-il pour ses anciens collègues au gouvernement et anciens collaborateurs de Patrice Talon d’autres missions républicaines à la hauteur de leurs expériences ? Les prochains jours ou prochaines semaines nous aideront sans doute à lever le voile sur le destin politique de certaines personnalités politiques dont les trois citées dans cet article, qui ont profondément marqué la vie publique béninoise.
Anselme ORICHA