À bien suivre un récent entretien radiophonique du professeur Constitutionnaliste, Théodore Holo, qui est membre de droit du Sénat, cette nouvelle institution constitutionnelle créée, sera installée ce mois de juin 2026. Mais, ce qui préoccupe plus d’un, et dont son aboutissement heureux réhausserait à coup sûr cette première installation des membres de l’institution, c’est de voir l’ancien chef de l’État Yayi Boni faire un revirement et d’accepter y siéger, en tant que membre de droit, lui aussi.
Une telle bonne nouvelle, à vrai dire, enchanterait plus l’ex-président de la République, Patrice Talon dont la gouvernance a enfanté le Sénat, contesté dans l’opinion et singulièrement par son prédécesseur au pouvoir, figure emblématique de l’opposition, ces dix dernières années.
« Je ne saurais en aucun cas faire partie de cette institution… »
En effet, pour rappel, début novembre 2025, l’ancien président de la République et ancien président du parti Les Démocrates avait, dans un message publié sur son compte Facebook et abondamment relayé, signifié qu’il ne saurait « en aucun cas faire partie de cette institution comme membre de droit ni cautionner un tel projet, dont le dessein véritable semble être de modifier la nature même de notre régime politique ». Pour lui, le Sénat , tel que voulu, ne va pas dans le sens du renforcement de la démocratie, puisque « sans consensus national » ; ce qui, alertait-il, fragilise la cohésion sociale et compromet la sérénité du débat républicain. Yayi Boni a ajouté que la création d’un Sénat n’est ni opportune ni légitime, et « sa composition soulève de sérieuses interrogations, tout comme ses attributions et sa fonction, qui paraissent conçues pour servir un seul homme, ignorant l’intérêt général. » En conséquence, l’ancien chef de l’État béninois avait appelé « ses » députés au Parlement « à rejeter cette proposition de révision constitutionnelle portant création du Sénat ». Consigne alors suivie à la lettre par les élus parlementaires de son camp, dont le nombre minoritaire n’avait pas pu empêcher l’adoption du texte.
Dans ce climat sociopolitique tendu et d’incertitudes, il faut souligner également que Yayi Boni avait déjà annoncé, fin octobre, une retraite sanitaire et sollicité du peuple, des prières pour le soutenir. C’était dans la foulée du rejet des dossiers de candidatures de son parti LD à la présidentielle puis après aux communales et municipales, et ce malgré son message d’appel et son tête-à-tête avec Patrice Talon.
C’en est suivi, en mars 2026, sa démission de la tête du parti LD avec le ralliement de plusieurs de ses lieutenants et de son fils Chabi au candidat désigné de Patrice Talon, devenu président, Romuald Wadagni. Ayant été absent de la scène politique nationale sur de longs mois, ce n’est que le 24 mai que Yayi Boni fait son apparition au palais des congrès à Cotonou. C’était à l’investiture du chef de l’État élu, Romuald Wadagni, ancien ministre d’État de Patrice Talon.
Wadagni profitera-t-il de ce fair-play ?
À cette cérémonie de grande mobilisation, Yayi Boni était la grosse attraction au plan national, en dehors des délégations des pays de l’Aes fortement ovationnées. L’ancien dirigeant béninois (2006-2016) avait affiché un air fair-play, tout souriant, allant même serrer la main ou faire des accolades à ceux qui la décennie passée, lui ne lui ont pas fait de cadeau.
Romuald Wadagni dont la candidature et l’élection ont, in fine, fédéré pratiquement toute la classe politique, profitera-t-il de ce vent favorable pour entrer en jeu afin de désarmer Yayi Boni ? En termes clairs, l’actuel président va-t-il profiter de ce moment d’accalmie politique pour amener l’ancien président à revoir sa position qui paraît radicale et intangible ? Le terrain politique étant, par nature, fait d’imprévisibilités, rien n’est donc impossible. La suite des événements nous édifiera.
La Rédaction