Rencontre entre Tchiani et l’ex-président de l’Assemblée nationale ivoirienne : Guillaume Soro provoque Ouattara

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(Une analyse de Wuldath MAMA)

Guillaume SORO, à peine a-t-il annoncé la fin de son exil, qu’il est reçu par le Général à la tête de la junte au Niger. Apparemment, il est à prendre au sérieux ?

C’est précisément parce qu’il est à prendre au sérieux qu’il a été reçu par le Général TIANI. Les deux hommes incarnent, chacun à sa manière, une forme de dissidence dans la sous-région. Deux dissidents qui affichent un front uni contre un système. Sur le plan national, le système est représenté par Alassane OUATTARA. On rappelle que Guillaume SORO, ancien Premier Ministre et ancien Président de l’Assemblée Nationale, est aujourd’hui président du mouvement Génération et Peuple Solidaire, et fait face à deux condamnations, la première à perpétuité pour recel et détournement de biens publics en 2020, et la seconde à 20 ans de prison pour atteinte à la sûreté de l’État en 2021. L’autre système est incarné à l’échelle sous-régionale par la CEDEAO, une organisation dont le président OUATTARA, président de la Côte d’Ivoire, est l’un des membres les plus influents.

Comment comprendre le choix porté sur le Niger comme pays de destination ?

On est justement face à une alliance anti-système dans laquelle l’un des protagonistes utilise l’autre comme levier de pression sur l’échelle qu’ils entendent influencer. D’une part, on a le président TIANI sur la CEDEAO. On pensait avoir une mise en place dans l’organisation, assez historique dans sa sévérité. En réponse et au lendemain du putsch du 26 juillet dernier, on peut se demander si le général TIANI ne souhaite pas appuyer là où ça fait mal en direction du président ivoirien Alassane OUATTARA, sans qu’il y ait d’avancée réelle avec la CEDEAO dans l’optique de la reconnaissance d’un régime de transition officiel, avec notamment un chronogramme consensuel. Récemment, le Togo a été désigné comme médiateur, mais finalement, la possibilité de l’accueil de Guillaume SORO plane avec cette visite de l’ancien Premier Ministre ce lundi 13 novembre. On verra dans les prochains jours ce qu’il en sera. Si le président du mouvement Génération Peuple Solidaire cherche un point de chute en Afrique de l’Ouest, une sorte de point d’asile politique, cela reste à déterminer. Toujours pour rester sous le général TIANI, c’est une stratégie à double tranchant pour les autorités militaires nigériennes, car persister dans cette voie de la confrontation est réellement risqué. Il faut rappeler que le président Alassane OUATTARA a engagé un mouvement de troupes aux frontières malienne et burkinabè, nourrissant ainsi des spéculations sur les craintes que le régime de OUATTARA pourrait avoir d’une entrée de Guillaume SORO via les frontières terrestres partagées avec deux régimes de transition, malien et burkinabè, principalement après l’échec de l’arrestation de Guillaume SORO à Istanbul. Du côté de SORO, il recherche possiblement un point de chute, un asile politique au sein d’un pays de l’Afrique de l’Ouest. On peut également se demander s’il n’y a pas là la recherche d’une forme d’onction panafricaniste, souverainiste, pour s’enrôler finalement dans la confrontation future qui s’annonce évidente avec le Président OUATTARA.

Guillaume SORO est sous le coup de deux condamnations. Et pourtant, il veut retourner en Côte d’Ivoire. Se jette-t-il dans la gueule du loup ou veut-il provoquer une instabilité dans le pays ?

De toute évidence, il s’agit d’une forme de déclaration de guerre à l’endroit du président ivoirien. On peut même y voir une menace implicite avec cette première visite pour marquer son retour dans la région ouest-africaine. Aller et être reçu par un régime putschiste est une provocation, sachant que depuis le premier putsch dans la sous-région, dans l’ère moderne du CNSP malien, on sait, d’après des informations recoupées, que le président OUATTARA a été l’un des plus acerbes et sévères envers les régimes putschistes. On peut également se demander s’il peut contenir les deux condamnations frappées en 2020, 2021, et entrer dans le pays sans risquer d’être jeté en prison. Nous avons là une volonté manifeste de croiser le fer avec Alassane OUATTARA. C’est un acteur politique qui se présente finalement comme quelqu’un qui n’a vraiment plus rien à perdre. On sait qu’il était président de l’Assemblée Nationale jusqu’en 2019, et la rupture entre les deux hommes, qui se connaissent très bien et ont des liens intimes, aurait été motivée par les ambitions présidentielles non validées par son mentor politique de Guillaume SORO.

Guillaume SORO perd-il concrètement quelque chose en retournant au bercail ?

C’est la façon dont il va y retourner qui est la question. S’il y retourne par les voies légales, l’accès au territoire ne lui est pas interdit. Il a un passeport, peut toujours voyager, se présenter aux frontières officielles, aériennes, terrestres ou maritimes de la Côte d’Ivoire. Dans ce cas-là, il serait évidemment arrêté et emprisonné. Mais est-ce la voie officielle qu’il va choisir ou une voie officieuse ? Les détails nous seront dévoilés dans les prochains jours.