
L’attente a été longue. Près de huit jours après les élections du 11 janvier 2026. Entre assurances et rendez-vous non tenus donnés à la presse nationale et Internationale, la Commission électorale nationale autonome (Cena) a fini par situer les candidats et l’opinion publique en général dans la soirée du samedi 17 janvier. L’institution a rendu publiques les grandes tendances du scrutin législatif, avec à l’appui la liste des députés provisoirement élus pour le compte de la 10ème législature. Ceci, en attendant la proclamation des résultats provisoires puis définitifs par la Cour constitutionnelle.
Les grandes tendances publiées
En terme de statistiques, le taux de participation à ces élections couplées est de 36,73%. En ce qui concerne les élections législatives, les cinq partis politiques qui ont été régulièrement autorisés à y prendre part affichent les taux respectifs suivants en matière de suffrages recueillis : Bloc républicain (Br) : 36,64% ; Force cauris pour un Bénin émergent (Fcbe) : 4,86% ; Les Démocrates (Ld) : 16,16% ; Mouvement des élites engagées pour (Moele-Bénin) : 1,21% ; Union progressiste le renouveau (UP-r) : 41,15%. Ainsi, conformément à l’article 146 du Code électoral, qui exige un quota de 20 % par circonscription électorale et au plan national pour les formations politiques n’ayant pas noué en amont d’accord de législature, seuls les partis au pouvoir Up-r et Br sont éligibles au partage des sièges. Et suivant la répartition faite par la Cena, l’Up-r s’en sort avec 60 députés tandis que le Br en a obtenu 49. Ce qui équivaut au total des 109 sièges au Parlement.
Les calculs pour le perchoir
Avec ses 60 députés provisoires, l’Up-r reste le parti majoritaire à l’Assemblée nationale et maintient donc son hégémonie de première force politique du pays, en dépit de la percée du Br qui passe de 28 à la législature finissante à 49 députés pour le compte de la dixième législature. Dès lors, les calculs pour le perchoir ont commencé.Logiquement, avec cet écart entre les deux partis politiques, l’Up-r prend d’office la présidence du Parlement. Cependant, pour avoir dirigé ou controlé l’institution ces sept dernières années (2019-2026) , l’on pourrait être tenté de se demander si la présidence de la 10ème législature du Parlement sera toujours Union progressiste le renouveau ou bien le parti au logo du baobab coiffé d’arc-en-ciel fera cette fois-ci de concession au Br du cheval blanc cabré, grâce à l’accord de gouvernance législative qui les lie.
Les schémas probables
Au cas où la concession est faite, de concert avec le patron de la majorité présidentielle, que ce soit le Br qui garde le maillet, le parti pourrait compter sur le cheval favori ABT si le chef de l’État ne compte plus l’avoir à ses côtés au gouvernement.
Abdoulaye Bio Tchané

President du Br, Abdoulaye Bio Tchané a toutes les qualités (parcours et tempérament) pour diriger la 10ème législature. Ancien candidat malheureux à deux présidentielles et ancien haut cadre de l’institution de Bretton Woods, Fmi (Fonds monétaire international), il a été ministre de l’économie et des finances au Bénin puis président de la Banque ouest-africaine de développement (Boad). Nul n’ignore le rôle clé que joue le ministre d’État en charge du développement, depuis une décennie, dans le gouvernement de Patrice Talon. À quelques quatre mois de la fin du pouvoir, ABT au Parlement serait une autre expérience et le prix de la fidélité pour lui. Il pourra profiter du perchoir pour atterrir plus tard au sein du Sénat.Au cas où le perchoir serait conservé par le parti majoritaire, les probables candidats sur lesquels il peut miser seraient :
Orden Alladatin

C’est sa troisième législature après celle finissante passée en tant que président de la Commission des lois. Ardent défenseur des réformes et réalisations du pouvoir, Orden Alladatin est un très proche du chef de l’État. Et pour un Parlement dans la dynamique du duo présidentiel Wadagni-Talata, il est un potentiel candidat au perchoir à prendre au sérieux.
Louis Vlavonou

Il fait partie de la Haute direction politique de l’Up-r. Au perchoir ces sept dernières années, Louis Gbèhounou Vlavonou cumule assez d’expériences parlementaires avec ses plus de cinq législatures désormais. Favoris donc. Mais une troisième fois au perchoir, le schéma semble improbable voire impossible, surtout qu’une place est d’office garantie au sein du Sénat aux anciens présidents d’institution.
Joseph Djogbénou

Ces dix dernières années, il a connu une ascension fulgurante en politique. Du portefeuille du Garde des Sceaux, ministre de la Justice à la présidence de la Cour constitutionnelle en passant par la présidence de la commission des lois au Parlement, l’actuel président de l’Union progressiste le renouveau ne va pas bouder cet honneur et ce plaisir de se voir confier le perchoir de la 10ème législature. Avec son expérience à la Haute juridiction, il est habitué à tenir le maillet. Mais quand on sait qu’il a été abondamment cité comme potentiel candidat à la présidentielle de mai 2026, l’on se demande s’il aura cette grâce de se voir confier l’Assemblée nationale, haut lieu des manœuvres politiques, pour accompagner la dynamique Wadagni-Talata pour la poursuite des œuvres du pouvoir Talon à partir de mai prochain. De toutes les façons, le professeur de droit privé a les compétences requises pour le job, surtout qu’il n’ aura pas à faire face aux velléités d’une opposition casse-tête. Ce qui pourrait aussi être en sa défaveur, son statut d’ancien président d’institution qui lui ouvre par contre les porte sans condition au Sénat.
Augustin Ahouanvoebla

À l’instar de Louis Vlavonou, Augustin Ahouanvoebla est également un vieux routier. Plus de cinq législatures désormais à son compteur, il maîtrise bien les rouages du Parlement. Fidèle des fidèles du pouvoir de la Rupture, il a d’ailleurs pris d’énormes risques, ces deux dernières législatures, dans des dossiers sensibles et chauds. Ardent défenseur des réformes et réalisations du pouvoir Talon, il est aisé de constater que malgré tout ceci, Augustin Ahouanvoebla est l’un des moins récompensés ou promus. Même pas la présidence d’un groupe parlementaire ou un poste dans le bureau de l’Assemblée nationale depuis 2019. Mais il n’a jamais boudé. Cette fois-ci est peut-être la bonne pour lui.
Natondé Aké

L’ancien ministre et plusieurs fois député Aké Natondé reste un cadre du parti Up-r. Avec ses expériences cumulées au Parlement, le président du groupe parlementaire Up-r, 9ème législature part également favori pour le perchoir avec sa fidélité affichée ces dix dernières années aux actions du pouvoir de la Rupture.
Charlemagne Yankoty

Avec la succession de Patrice Talon qui sera jeune, et en droite ligne du renouvellement de la classe politique qu’il a amorcé, le perchoir à un plus jeune traduirait davantage sa volonté d’aller plus loin. Parmi tous les potentiels candidats cités jusque-là, Charlemagne Yankoty semble le plus jeune. Première expérience parlementaire, certes. Mais dans le landerneau politique, il n’est pas un novice. De l’Union fait la nation à l’Union progressiste puis à l’Union progressiste le renouveau, il a acquis l’expérience du management de différents courants politiques notamment depuis 2020 qu’il a dirigé avec brio la municipalité de Porto-Novo. Un sang « jeune vif » à la présidence de l’Assemblée nationale ouvrira une nouvelle ère au niveau des institutions du pays où la tendance est pratiquement la jeunesse aux commandes.
De la présidence de la République, bientôt, à la présidence de la Haute cour de justice en passant par la présidence de la Haute Autorité de l’Audiovisuel et la Communication (Haac) et la présidence du Conseil économique et social (Ces), Patrice Talon laisse son empreinte en faisant confiance à une nouvelle génération d’acteurs jeunes compétents. Les regards sont tournés vers le perchoir de la dixième législature pour la confirmation ou non de cette tendance qui porte la griffe ou la signature de Patrice Talon.
Par J.B