
Comme un prolongement de leur bras de fer étalé à la face du monde entre 2012 et 2016, ces dix dernières années (2016-2026) n’ont pas non plus été un long fleuve tranquille pour l’ancien chef de l’État Yayi Boni et son successeur au pouvoir Patrice Talon. Sur le terrain politique notamment de la gouvernance, dans une relative inversion de positions ou de rôles, et en dépit des médiations aussi bien à l’interne qu’au-delà des frontières béninoises, ils se sont livrés une bataille dont les impacts restent perceptibles. Est-il besoin de remuer le couteau dans la plaie en déterrant entre autres, les funestes épisodes de dispersion et de répression au marché Dantokpa, à Cadjèhoun, avec assignation à résidence pendant plus de cinquante jours de Yayi Boni qui avait déclaré être prêt à ce que le pouvoir marche sur son corps pour des élections inclusives. Bref, inutile de s’attarder sur les pertes matérielles, humaines et les ramifications politicojudiciaires de cette bipolarisation du paysage politique ces deux derniers quinquennats. A vrai dire, l’ancien président Yayi Boni en sort avec les rapports de forces largement en sa défaveur. Assez de plumes perdues, que ça soit sur le plan moral, physique et peut-être économique. Sauf à vouloir nier l’évidence. Toujours comme bilan, son parti fétiche d’alors Fcbe, lui a filé entre les doigts avec nombreux de ses anciens lieutenants qui lui avaient pourtant juré fidélité quand ils étaient à la rivière. De 2020 à 2026, que le parti Les Démocrates, monté dans la foulée, participe à l’animation de la vie politique, avec pour objectif principal la conquête et la gestion du pouvoir d’Etat, que reste-t-il concrètement de cette formation politique, et quel avenir pour lui au regard des scénarii que vit l’opinion publique depuis octobre 2025 ? Tenez, en dehors des 28 députés obtenus pour le compte de la législature finissante et les quelques figures positionnées au Conseil économique et social, mandature en cours, qu’ont gagné réellement Yayi et les siens en dix ans d’opposition farouche à la gouvernance Talon ? Des jeunes sacrifiés, visiblement ; des exilés qui ne sont toujours pas de retour sur la terre natale qui leur manque sans doute ; des « détenus politiques » qui croupissent toujours en prison. Rêve ou espoir brisé pour certains.Abandonner, maintenir ou changer de cap ?Depuis fin octobre dernier qu’il s’est éclipsé de la scène politique, annonçant publiquement sa retraite sanitaire, Yayi Boni n’a plus fait d’apparition suivie de bain de foule pour rassurer d’une amélioration de son état de santé. Pour les élections législatives du 11 janvier, 2026, le président du parti Les Démocrates n’a pu battre campagne, non plus, aux côtés des candidats Ld. Selon certains militants, Yayi Boni est sérieusement atteint sur le plan sanitaire. Après cette dernière décennie de combat politique entre son allié d’hier et lui, l’heure du bilan a sonné pour le président Yayi. De sa retraite sanitaire, il devra évaluer ledit combat mené, en terme de gains, de pertes pour lui, ses proches et pour le pays en général. Aussi, l’énergie ou les ressources dont il dispose encore par rapport au futur. À quelques quatre mois de la fin des mandats de la Rupture, où Patrice Talon a regretté cette cristallisation du pays par ces duels aux conséquences non négligeables tout en souhaitant que son prédécesseur et lui quittent enfin la scène, Yayi Boni va-t-il effectivement profiter de cette fin de mandat pour déposer les « armes » ? Autrement dit, même s’il a rejeté catégoriquement l’offre de siéger au prochain Sénat, fruit des récentes réformes politiques, va-t-il tout abandonner, laissant le parti Ld à ceux qui s’identifieront comme ses disciplines pour la continuité ou la poursuite du combat ? Ou bien l’ancien chef de l’État, à l’appréciation des actions du prochain pouvoir opterait-il, de concert avec ceux qui lui resteront encore fidèles, pour un changement de cap ou de ligne idéologique du parti Ld, soit en se ralliant, soit en optant pour un discours plus modéré ?
J.B