
✓L’universitaire de la diaspora livre également son avis sur les lectures que font les constitutionnalistes Holo et Noudjènoumè quant à la prestation de serment du nouveau président élu du Bénin, le 24 mai prochain.
« Le Sénat de la peur: autopsie d’une démocratie mise en laisse » porte de toute évidence une coloration de politique partisane. Le ton et la diction en disent long. On y entend la voix d’un opposant qui conteste à tel point qu’il nie l’existence de juge dans le domaine de la morale. Si en réalité la morale n’avait pas de juge, il n’y aurait donc aucune norme en la matière et ipso facto, rien ne serait ni amoral ni immoral. Or, dans les sociétés humaines, il y a des règles morales bien établies qui ne sauraient être violées ou enfreintes impunément.
Puisque la morale se réfère au bien et au mal, chaque société à travers les us et coutumes, les mœurs, les valeurs passées de génération en génération, la culture, etc., définit ou prescrit le contenu du bien et du mal. Il existe donc bel et bien des bornes et des normes qui permettent de réguler la morale, même en politique. Les cours et le certificat de Yale sur « The Moral Foundations of Politics » m’autorisent à douter de la validité de l’argumentaire du Ministre Djenontin sur la question.
En effet, pour Emmanuel Kant, « la vraie politique ne peut faire un pas sans avoir, auparavant, rendu hommage à la morale ». C’est bien Kant qui définit l’impératif catégorique qui exige que nous fassions de sorte que la maxime de notre action puisse être érigée en loi universelle. Ensuite, Jeremy Bentham et son disciple, John Stuart Mill, dont la théorie morale du bien et du mal est l’utilitarisme, mesurent ou jugent la morale en se fondant sur le calcul des conséquences d’une décision. Selon leur théorie, le bien est quand la décision produit « le plus grand bonheur au plus grand nombre ».
Point n’est besoin d’en dire plus. Sans vouloir m’ériger en donneur de leçon, je souhaiterais que le patriotisme nous oriente, l’intérêt supérieur de la nation nous motive et que le bonheur du plus grand nombre possible soit notre préoccupation majeure. En d’autres termes, faisons la politique autrement!
Le second pan de la polémique qui fait boule de neige est curieusement « Serment ou pas Serment le 24 Mai 2026 sans le Sénat ».
Bien à propos, mon observation sur cette querelle entre le constitutionnaliste militant Noudjenoume et le Professeur Holo est la suivante:
De mon analyse linguistique du texte juridique, j’affirme que l’explication du Prof Holo est objective. Son vis-à-vis, au contraire, interprète le même texte avec un prisme peut-être idéologique qui voudrait que non pas la majorité mais plutôt toutes les institutions prévues et citées dans la loi soient présentes lors de la prestation du serment. Or, l’impératif, selon le texte, c’est l’institution qui reçoit ledit serment. Bien sûr qu’il faut des témoins, mais le texte n’exige pas que tous soient présents sans aucune exception.
S’il faut s’en tenir au principe de la majorité, et non de la totalité, l’on peut dire que le serment est validé dès que le quorum est atteint. D’ailleurs, ne sommes-nous pas habitués à appliquer ce principe avant q’une grande décision ne se prenne dans plusieurs circonstances au nom de la démocratie?
Somme toute, l’esprit et la lettre de la loi est aussi limpide que l’eau de roche. Telle est ma lecture de linguiste. Enfin, ce qui n’est pas anodin est que les échanges d’idées qui meublent actuellement la chronique nous donnent d’ores et déjà une image probable de la trêve qui, pour ma part, sera très productive en ce sens qu’elle permettra à l’Exécutif de prêter une oreille attentive aux propositions et contre-propositions dont le seul objectif sera de construire et non détruire. Alors, clamons haut et fort, « Plus loin, Ensemble »!
Vive le Bénin Rayonnant!
Tous pour la Patrie!La Patrie pour Tous!
Prof Hajj Salif D. BaloubiNorfolk State University Virginia, USA