Transport routier : Encore « Baobab Express » !

• À peine trois ans après le triste souvenir de Dassa-Zoumè•

Communiqué de la Compagnie, et après ?

Un mort, des blessés et d’importants dégâts matériels. Tel est le bilan provisoire d’un accident de la circulation survenu dans la matinée du jeudi 5 février 2026 sur l’axe RNIE-2, à Bodjécali, en face de la rizerie de la commune de Malanville, dans la partie septentrionale du Bénin. Le drame a impliqué un bus de transport en commun de « Baobab Express » et un camion transportant du carburant. Il survient pendant que plusieurs familles se remémorent le triste souvenir de Dassa-Zoumè, avec la même compagnie de transport, qui, dans les mêmes conditions pratiquement, il y a trois ans, a fait des dizaines de morts et blessés.

Selon les informations recueillies, tout est parti d »une collision frontale entre les deux véhicules. Le bus, qui a quitté Malanville en direction de Parakou avec neuf passagers à bord, a percuté le camion chargé d’essence, stationné non loin du poste de douane. Ce qui a provoqué un violent incendie. Dans les minutes qui ont suivi, les flammes ont entièrement ravagé le bus et le camion.

Dans la foulée, la compagnie de transport « Baobab Express Sa » a réagi à travers un communiqué pour situer l’opinion publique. Du point fait, il est à retenir que « les neuf passagers qui étaient à bord ont tous été évacués du bus ». La compagnie précise également que « ceux qui nécessitaient des soins ont été aussitôt conduits à l’hôpital pour leur prise en charge et sont déjà sortis « .Cependant, le communiqué fait état d’un décès dans le rang des passagers. Il s’agit du convoyeur, qui a succombé à de graves brûlures causées par les flammes. La direction générale de Baobab Express a ainsi présenté ses condoléances à la famille du défunt, à ses proches et à l’ensemble du personnel de la compagnie.

Un communiqué d’accord, et après?

Il convient de rappeler que cet accident de Malanville intervient dans la fièvre de la commémoration du troisième anniversaire du drame de Dassa-Zoumè, survenu dans des conditions similaires. En effet, le 29 janvier 2023, un bus de la même compagnie de transport avait pris feu à la suite d’une collision avec un camion, sur le goudron, non loin du carrefour de la ville, alors qu’il transportait 45 passagers vers Cotonou. Cet accident avait fait plus de 20 morts, plusieurs blessés graves et des brûlés. Le bus et le camions ont été calcinés par les flammes très vives de l’incendie.

Dans le cadre de l’an 3 de ce triste souvenir, et ce comme chaque année depuis 2024, Baobab Express a rendu hommage aux victimes à travers un message publié sur sa page Facebook : « 29 janvier 2023 – 29 janvier 2026. Trois ans de mémoire et de recueillement. Union de prières pour les victimes de Dassa-Zoumè et leurs familles. Unis par la force, nous resterons ». Dans le communiqué qui a suivi ce message , la direction de la compagnie a précisé les activités commémoratives.

Des gestes mémoriels et annuels pour partager ces moments d’émotion avec les familles des victimes et leur témoigner certes la solidarité et la proximité de Baobab Express, mais une question demeure : quelles mesures concrètes la compagnie a-t-elle mise en œuvre depuis trois ans pour prévenir de tels drames ? C’est aujourd’hui la principale question que pourrait se poser tout citoyen, voyageur ou non, soucieux de l’amélioration de la sécurité routière et du transport interurbain au Bénin.

Sur l’accident du 5 février 2026, aucune précision officielle n’a encore été apportée sur les circonstances exactes dans lesquelles il s’est produit. S’agit-il d’un excès de vitesse ? D’une défaillance technique ? D’un moment d’inattention du conducteur ? Autant d’interrogations auxquelles les responsables de la compagnie et les autorités compétentes devront apporter des réponses claires afin de situer les responsabilités et prévenir d’éventuelles pertes en vies humaines sur les axes routiers.

On se souvient encore du branle-bas voire du tapage médiatique du gouvernement, qui à la survenue du drame de Dassa-Zoumè, a semblé prendre le taureau par les cornes pour que ces genres d’accidents regrettables et aux conséquences incommensurables ne se reproduisent aussi banalement. Le directeur général de Baobab Express Sa a été mis sous mandat de dépôt le mardi 7 février et remis en liberté le vendredi 10 février 2023. Mais avant, le 30 janvier, une délégation gouvernementale a effectué une descente sur les lieux du drame et par la suite, une série de mesures avaient été annoncées pour renforcer la sécurité routière. En effet, le gouvernement avait décidé de la :

✓généralisation des contrôles de vitesse sur tous les axes routiers ;

✓professionnalisation du métier de transporteur dont les textes sont en cours de finalisation ;

✓création du Parc automobile avec des véhicules répondant aux normes qui seront fixées par les textes ;

✓vote d’un nouveau Code de la route déjà soumis au Gouvernement, qui le transmettra à l’Assemblée nationale dès l’installation de la 9è législature ;

✓adoption (en cours) de la politique nationale en matière de sécurité routière.

Et le ministre des Infrastructures et des Transports d’alors, Hervé Hëhomey avait souligné que ces mesures seront complétées par d’autres que le gouvernement a engagées et dont la mise en œuvre sera accélérée. « Nous l’avons promis, et ce sera fait… », avait d’ailleurs martelé Hervé Hëhomey.

Trois ans après ce feuilleton funeste, où en sommes-nous ? Qu’ont pu faire, à leur niveau, les dirigeants de Baobab Express Sa ? Qu’ont fait les structures compétentes de l’État impliquées dans le transport routier pour limiter ou prévenir ces accidents malheureux ? La compagnie Baobab Express doit aller au-delà de ses traditionnels communiqués plats.

Anselme ORICHA

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *